OkMaroc - Web-Magazine regroupant le meilleure du NET. : La Caisse des dépôts découvre la dure loi de la diplomatie La Caisse des dépôts découvre la dure loi de la diplomatie ================================================================================ Émile Borne on 18 April, 2008 07:10:00 Pour son voyage de deux jours axé sur un hypothétique contrat de TGV au Royaume enchanté du Maroc, les 17 et 18 avril, le Premier ministre François Fillon n’a pas emmené que des patrons dans ses bagages. La délégation fillonesque compte également dans ses rangs le directeur général de la Caisse des dépôts, Augustin de Romanet. Cette vénérable institution, créée sous Napoléon, représente le bras armé financier de l’État, présent dans la plupart des boîtes du CAC 40. Elle accompagne aussi l’État dans ses projets de partenariats financiers. Peu avant de partir, ses responsables chantaient haut et fort leur amour du Maroc. C’est que la Caisse a prévu un partenariat un peu fumeux avec son homologue marocaine pour revitaliser le tissu urbain du Royaume. C’est elle qui pourrait également avancer de l’argent pour le financement de la ligne de TGV Kenitra-Tanger, toujours au Maroc. La philanthropie a bien sûr ses limites et la Caisse attend des retours. Car celle-ci ne joue pas seulement les banquiers, elle fait aussi du business avec ses filiales. Via Egis, filiale à 100 % spécialisée dans l’ingénierie et les services aux infrastructures, elle possède par exemple la plus grosse boîte d’ingénierie française qui espère récupérer une partie du marché du TGV marocain, en principe promis aux Français. LES ACTIVITÉS DISCRÈTES DE LA CAISSE DES DÉPÔTS Au-delà, elle lorgne de nombreux projets d’infrastructures au royaume enchanté et dans le reste du Maghreb, histoire de ne pas laisser la concurrence étrangère, notamment chinoise, faire reculer l’influence hexagonale. Le hic c’est que quelques semaines avant la visite de Fillon, le site internet Info-Palestine a semé la panique dans la vénérable institution. Le 5 avril, l’organe du gouvernement palestinien a mis les pieds dans le plat en révélant les activités peu avouables de la Caisse des dépôts. Egis est en effet impliquée de très près dans l’explosive construction du tramway de Jérusalem. La première ligne, dont la mise en place partielle était à l’origine prévue pour fin 2008, doit s’étendre à terme sur 13 km. Elle reliera le centre-ville à deux quartiers de colonisation, Pisgat Ze’ev et la Colline des Français. « Nous avons toujours souhaité rester discret sur cette activité », avoue-t-on à la Caisse. Raté ! À en croire le site web Info-Palestine, c’est la Chambre de commerce franco-israélienne qui a récemment vendu la mèche en annonçant un contrat de près de 12 millions d’euros confié à Egis. Laquelle s’occupera de l’extension de la ligne principale ainsi que de deux nouvelles branches. Rien que cela ! Veolia qui doit exploiter le système de transport, et Alstom qui fournit les rames ont déjà subi des pressions terribles. Et depuis la conclusion du contrat en 2002, les incidents diplomatiques se sont multipliés entre la France et le gouvernement palestinien. Sauf que si Alstom et Veolia sont des boîtes privées, ce n’est bien sûr pas le cas d’Egis, filiale du bras armé financier de l’État. De là à y voir une reconnaissance des territoires occupés par la France, il n’y que les mauvais esprits pour le faire. Diable, qu’il est difficile de concilier business et géopolitique.