OkMaroc - Web-Magazine regroupant le meilleure du NET. : Se forcer à faire l'amour ? Certains psys sont pour ! Se forcer à faire l'amour ? Certains psys sont pour ! ================================================================================ Riad on 19 May, 2008 07:37:00 Comment remédier à la baisse de désir ? Depuis des années, psys et sexologues nous répètent les mêmes conseils : "ne vous forcez pas", "dialoguez", "partez en week-end à deux et laissez le désir revenir"... Aujourd'hui, plusieurs psys tiennent un discours radicalement différent : pour eux, on serait à côté de la plaque. Lorsqu'on a moins envie de faire l'amour, la solution, c'est... de se forcer un peu ! Pour faire revenir les bonnes habitudes, pour ne pas se fâcher avec son homme, pour ne pas laisser l'absence de désir s'installer. Serait-on en train d'assister au retour du très rétrograde "devoir conjugal" ? On a voulu en savoir plus. Et comprendre ce qui pourrait bien être le signe d'un changement d'époque. SE FORCER QUAND ON EST DANS UNE PHASE "SANS" "Les rapports sexuels, après une naissance, reprendront dès que la femme aura retrouvé son intégrité physique. Et qu'elle pourra se prêter sans douleur, n'en eut-elle aucun désir, à la demande de son partenaire." Non, ces lignes ne sont pas extraites d'un traité moyennâgeux sur le "devoir conjugal" après un accouchement, mais bien du tout nouveau livre du pédiatre Aldo Naouri. "Eduquer ses enfants, l'urgence d'aujourd'hui" (Payot) insiste à plusieurs reprises sur le fait que non, une femme ne doit pas attendre que le désir vienne ou revienne. Elle doit se forcer, et peut-être, qui sait, y trouvera-t-elle finalement un peu de plaisir ! Et le pédiatre d'ajouter que si elle ne se prête pas aux demandes de son conjoint, celui-ci "ira voir ailleurs" comme disaient nos grand-mères... et la femme l'aura bien cherché ! SE FORCER POUR PRÉSERVER SON COUPLE Qu'Aldo Naouri, connu pour ses prises de position souvent un peu rétrogrades (pour lui, par exemple, on ne doit jamais expliquer à un enfant pourquoi on lui donne un ordre !) pense qu'une femme doit faire l'amour quand son mari l'exige, c'est finalement assez peu suprenant. Mais d'autres psys pensent, plus ou moins, la même chose. > "Physiologiquement, une femme a moins souvent envie de faire l'amour qu'un homme, estime ainsi J-D Nasio, psychiatre et psychanalyste, auteur de "Mon corps et ses images" (Payot). Elle est moins souvent et moins facilement excitée." "Donc, si on veut vivre en couple, il faut bien, parfois, faire quelques concessions. Ce qui n'a rien de scandaleux ni de dégradant pour la femme, tant que c'est avec l'homme qu'elle aime. C'est un petit cadeau, comme ça. Il faut aussi se sortir de la tête que l'acte sexuel doit forcément être, à chaque fois, une explosion passionnelle. L'important, c'est qu'il continue d'exister. Sinon, le couple ne peut pas vivre. Je dirais qu'il faut maintenir un rythme de deux fois par semaine environ". > La sexologue Catherine Solano* de son côté, estime qu'au bout d'un certain temps d'inactivité sexuel, le corps "s'endort". "Il est donc bon, au cours des périodes pas très fastes, de se forcer un peu, affirme-t-elle. Pour maintenir une bonne réactivité de l'appareil génital. C'est exactement comme le sport et la souplesse pour le reste du corps". LE RETOUR DU DEVOIR CONJUGAL ? En entendant ces psys, on a l'impression de revenir plusieurs années en arrière. D'entendre les recommandations de nos grands-mères. "Je ne veux pas rétablir la notion de devoir conjugal, précise pourtant le Dr Nasio. Mais je crois qu'on a trop, ces dernières années, fait croire aux individus qu'ils devaient écouter leur désir personnel. Pour vivre en couple et en société, il faut tenir compte de l'autre. Accepter de faire l'amour quand on n'en n'a pas vraiment envie est un acte mature, normal pour qui veut vivre en couple. D'autant que l'homme, lui aussi, consent des efforts pour faire plaisir à sa femme, dans le domaine sexuel ou ailleurs !" Le discours dominant, depuis quelques années, va dans un sens diamétralement opposé : "Il ne faut jamais se forcer à faire l'amour", lit-on régulièrement sur les forums d'aufeminin, sous peine de se dégoûter, de détester son partenaire, de ne plus éprouver de désir du tout. "Il faut avant tout se parler", entend-on souvent, "expliquer à l'autre ce qui ne va pas". Se forcer en amour reviendrait, dans l'esprit de beaucoup, à se trahir, à accepter un quasi-viol. MANQUE DE DÉSIR, MANQUE DE PLAISIR ? "Pour moi, dire aux femmes de se forcer, les menacer d'être abandonnées par leur mari si elles ne satisfont pas ses exigences sexuelles, est violent, rétrograde et méprisable" s'insurge le Dr Gérard Leleu, sexologue, auteur de "Traité des orgasmes" (Leduc). "Si une femme n'a pas de désir, c'est tout simplement parce que son partenaire n'est pas capable de la satisfaire, du coup, elle se démotive, c'est très simple !" Selon lui, seules 30% des femmes éprouvent des orgasmes vaginaux "qui sont plus forts, plus intenses, plus complets que les orgasmes clitoridiens", explique-t-il. "Pour les éprouver, il faut que la femme et l'homme explorent et stimulent cette zone vaginale, en général ignorée et endormie. C'est la solution pour retrouver du désir. Se forcer, une fois de temps en temps, c'est sans doute ce qui arrive à beaucoup de femmes. Mais ce n'est pas la bonne manière de répondre à une baisse de désir". ENVIE DE RETOUR AUX "VRAIES VALEURS" Quelles que soient les solutions que l'on adopte, face à une baisse de désir, une chose est sûre : "si ce discours du type "forcez-vous" émerge à nouveau, c'est que la société a envie de l'entendre en ce moment", estime la psychanalyste Gisèle Harrus-Révidi, auteur de "Séduction : la fin d'un mythe" (Payot). "Le taux élevé de divorces fait peur, explique-t-elle. Les couples, et notamment les femmes, se remettent à vouloir faire des concessions, dans certains domaines du moins, pour préserver leur couple. Et elles préfèrent en faire dans le domaine sexuel, plutôt que côté tâches ménagères, par exemple." Plus globalement, cette idée du retour aux bonnes vieilles valeurs (éducation plus serrée, valorisation de l'effort, du travail, de la famille...) se retrouve un peu partout : des politiques aux profs, en passant, donc, par bon nombre de psys et de sociologues, le discours "anti soixante-huitard" revient en force. Ce n'est pas un hasard si Aldo Naouri, ou encore Eric Zemmour, auteur d'un ouvrage anti-féministe* et prônant le retour aux traditions, connaissent un tel succès. "Mais attention, on n'est pas, pour moi, en train de revenir à une époque aussi policée qu'autrefois, conclut Giséle Harrus-Révidi. Les femmes tiennent à leur liberté, les hommes aussi. Mais ils ont le sentiment que, pour vivre ensemble, il faut revenir à plus de rigueur, plus d'efforts. Le problème ? Chacun pense que c'est à l'autre de les faire, ces efforts !" CE QUE LES FEMMES PENSENT "Bien sûr qu'il m'arrive de me forcer, explique Rachida, 25 ans, qui vit en couple depuis 3 ans. Si je m'écoute, je ne trouve plus jamais le bon moment (stress, fatigue...) Alors, oui, parfois, je dois un peu lutter contre mon envie de dormir, et m'y mettre. Mais au final, je suis contente. Mais le souci c'est que si lui se rend compte que je me force, il fait la gueule et c'est fini. Donc il faut que j'ai l'air contente en plus ! Cela dit, lui aussi fait des efforts pour moi. Il m'accompagne au ciné ou en expédition shopping alors qu'il n'en a pas envie, c'est sympa aussi... Pour moi, la sexualité est désacralisée au bout d'un certain temps, alors un petit effort de temps en temps dans ce domaine ne me pose pas vraiment de problème." "Je me suis forcée avec d'autres, je croyais que c'était inévitable, raconte Imane, 31 ans. Mais avec mon fiancé actuel, avec qui je suis depuis un an et demi, je n'ai plus besoin de me forcer. J'ai envie naturellement. Peut-être parce que lui, je l'aime plus que je n'aimais les autres. Peut-être devrais-je à nouveau me forcer... Mais pas trop souvent sinon c'est le signe que nous avons un problème de couple. En tout cas, si je me force, j'attendrai de lui qu'il fasse la même chose dans ce domaine." "Moi, je ne me suis jamais forcée avec Abdellah, mon ex, témoigne Asmaa, 28 ans. Quelle horreur ! On doit déjà faire un tas d'efforts, dans plein de domaines, toute la journée : aller bosser, être aimable, patiente, traverser quand le feu est vert et attendre son tour à la Poste... Au lit, c'est du plaisir qu'on recherche, pas de la contrainte ! Je suis célibataire en ce moment, la sexualité me manque parfois, mais en aucun cas je ne serais prête à me forcer pour reformer un couple".